Depuis juin 2021, la Kabylie subit une répression d’une violence inouïe. Plus de 13 000 Kabyles, souvent des militants politiques, ont été jetés en prison. Leurs proches restent sans nouvelles, livrés à une angoisse permanente. Dans les cellules, la torture est monnaie courante. Face à cette pression répressive, certains choisissent la fuite. C’est la grande évasion des Kabyles vers l’Europe, où ils racontent l’enfer carcéral algérien.
Kabyles en prison : l’ampleur de la pression répressive
Le régime algérien n’a jamais accepté l’idée d’une identité kabyle distincte. Depuis l’incendie de trois fois le territoire kabyle et la mort de plus d’un millier de personnes, l’étau s’est resserré. Les arrestations tombent sans preuve, sur la base de l’article 87 bis du code pénal, utilisé contre les « ennemis de l’unité nationale ».
Le 30 décembre 2025, le journaliste et écrivain Allas Di Tlelli a été arrêté à son domicile, au village Ait-Buaddu. Aucun mandat n’a été présenté. Les gendarmes ont simplement embarqué l’homme dans un véhicule blindé, sous les yeux de sa famille. Sa femme n’a plus de ses nouvelles.
Le sort des officiers kabyles dans l’armée algérienne
La chasse ne vise pas que les civils. Les officiers supérieurs d’origine kabyle qui servent dans l’armée sont désormais dans le collimateur. Plusieurs ont été mis aux arrêts, d’autres ont été poussés à la démission. Le pouvoir voit en eux une menace potentielle, un cheval de Troie au sein de l’institution.
En novembre 2022, un tribunal algérien a condamné le président du MAK, en exil en France, à la prison à perpétuité par contumace. Le motif ? « Création d’une organisation terroriste et atteinte à l’intégrité territoriale ». Peut-on imaginer pire mascarade judiciaire ?
L’enfer carcéral algérien raconté par ceux qui l’ont vécu
Ceux qui ont réussi à sortir décrivent un système pénitentiaire destructeur. Dans les geôles de Chéraga et de Koléa, les prisonniers sont entassés à dix dans des cellules prévues pour trois. La nourriture est immangeable, l’accès aux soins est refusé. La torture psychologique est permanente.
Plusieurs anciens détenus ont témoigné auprès d’associations européennes. Ils racontent les électrochocs, les bains de sang, les humiliations. Les violences sexuelles sont également documentées. La grande évasion de ces hommes et de ces femmes a permis de briser l’omerta.
Torture et violences : les preuves s’accumulent
Des certificats médicaux établis à l’arrivée des réfugiés en France attestent les sévices. Des traces de brûlures de cigarette, des ecchymoses sur les reins, des cicatrices de coups de ceinture. Les récits concordent : le but du régime est de briser la résistance kabyle par la terreur.
- 🚨 13 000 détenus kabyles depuis juin 2021
- 🔥 3 incendies du territoire kabyle en moins de cinq ans
- ⚖️ 1 000 morts et des centaines de disparus
- 🔒 Article 87 bis utilisé pour museler l’opposition
- 🩸 Torture et violences sexuelles documentées dans les prisons
- ✈️ Des dizaines de réfugiés kabyles accueillis en Europe
La grande évasion des Kabyles : de la prison à l’exil
« Raconter la prison en Algérie, c’est trop dur », confie un ancien détenu. La plupart des rescapés ne parlent pas facilement. Ils fuient d’abord pour survivre, puis la parole revient, par bribes. La grande évasion n’est pas un exode de masse : c’est une fuite individuelle, risquée, souvent mortelle.
Ils traversent le désert, grimpent dans des barques de fortune, paient des passeurs. Une fois en Europe, ils demandent l’asile. Leur récit est leur seule arme. Les associations kabyles en France et au Canada organisent leur accueil et recueillent leurs témoignages.
Allas Di Tlelli et la lutte contre l’oubli
L’arrestation d’Allas Di Tlelli, figure de la résistance culturelle kabyle, a provoqué une onde de choc. Des veillées de protestation ont eu lieu à Paris, Montréal, Londres. Son procès a été expédié en quelques minutes, sans avocat. Le silence de la communauté internationale est assourdissant.
Dénonciation et mobilisation : la voix de l’Algérie libre
Face à cette pression répressive, la dénonciation s’organise. Kabyles for Human Rights a interpellé le Premier ministre britannique Keir Starmer dans une lettre ouverte. Le texte pointe la corruption, l’intimidation de l’opposition et la persécution ciblée du peuple kabyle.
Des pétitions circulent en ligne. Des juristes internationaux ont saisi l’ONU. Des parlementaires français demandent une mission d’enquête. L’objectif n’est pas seulement de libérer les prisonniers : c’est de faire exister la vérité.
La diaspora kabyle, fer de lance de la résistance
La diaspora organise des événements culturels, des conférences, des expositions. L’analyse de Salem Chaker, universitaire et militant, rappelle que la question kabyle dépasse le folklore. C’est le miroir des tensions qui traversent l’Algérie contemporaine. Les Kabyles ne veulent pas de la charité : ils veulent des droits.
En 2026, la pression ne faiblit pas, mais la résistance non plus. Chaque évadé devient un témoin. Chaque témoignage, une preuve. Le régime algérien peut broyer des vies, il ne peut pas broyer des âmes. La grande évasion se poursuit, sourde, obstinée, déterminée.

Rédactrice en chef de Kabylie Actualité depuis sa création. Journaliste passionnée par le Maghreb et la diaspora, installée à Tizi Ouzou après quinze ans dans la presse francophone.