Des feux de forêt d’une amplitude rare détruisent le nord-est de l’Algérie depuis plusieurs jours. Les habitants dénoncent un manque de moyens et la lenteur des secours. Les autorités, elles, évoquent des conditions climatiques extrêmes.
L’Algérie face à des feux de forêt dévastateurs
L’incendie a débuté mercredi 26 août 2026 dans les montagnes de Jijel. Poussé par un vent violent et une chaleur record, il s’est propagé à une vitesse effrayante. Plus de 180 foyers ont été recensés à travers les wilayas de Jijel, Béjaïa, Mila et Skikda. Les images venues du village de Nador montrent des collines entières réduites en cendres.
Les habitants pris au piège racontent des scènes de panique. Beaucoup ont dû fuir à pied, laissant leurs biens derrière eux. Des familles entières se sont réfugiées sur les plages pour échapper aux flammes. Les dégâts matériels sont considérables : des maisons détruites, des routes coupées, des villages privés d’électricité.
Une gestion des incendies qui cristallise les tensions
Le conflit couve entre les habitants et les autorités. Les riverains assurent avoir donné l’alerte dès les premières fumées. Ils affirment avoir attendu des heures avant l’arrivée des premiers Canadair. Sur les réseaux sociaux, des vidéos montrent des villageois armés de branchages tentant d’éteindre les flammes. La colère monte face à ce qu’ils considèrent comme une réponse trop lente de la sécurité civile.
Les autorités, de leur côté, mettent en avant la violence exceptionnelle du phénomène. Le ministère de l’Intérieur évoque une « combinaison mortelle » entre canicule et vents de sirocco. Le président Abdelmadjid Tebboune a décrété trois jours de deuil national. Mais cette annonce n’a pas apaisé les esprits sur le terrain.
Des experts pointent des lacunes structurelles. Parmi elles :
- 🌍 Un parc aérien vieillissant, insuffisant pour couvrir un territoire aussi vaste.
- 🔥 Des forêts manquant d’entretien et de pistes de sécurité, ce qui facilite la propagation du feu.
- 🏘️ Une urbanisation mal contrôlée à proximité des massifs boisés.
- ⚠️ Un manque de moyens pour les équipes au sol, souvent dépassées par l’ampleur du sinistre.
- 📋 Une stratégie de prévention jugée trop théorique, loin des réalités du terrain.
L’environnement et la sécurité civile : un équilibre rompu
Au-delà du bilan humain, le désastre écologique est immense. Les feux de forêt ont ravagé des milliers d’hectares de chênes-lièges et de pins d’Alep. C’est une perte irréparable pour la biodiversité locale. Les sols, fragilisés, risquent de subir de graves érosions dès les prochaines pluies. Les experts estiment qu’il faudra des décennies pour reconstituer ces massifs.
Pour la sécurité civile, cet épisode est un nouvel avertissement. Chaque année, l’Algérie affronte des incendies. Mais la fréquence et l’intensité de ces sinistres augmentent. Les saisonniers du feu, véritable armée de l’ombre, connaissent leur rôle. Pourtant, ils manquent de moyens, de protection et de reconnaissance. Leur combat quotidien mérite mieux qu’une simple promesse de réforme.
La question n’est plus de savoir si de nouveaux départs de feu auront lieu. Ils auront lieu. La vraie question concerne la capacité à y répondre.
Les habitants s’organisent face à l’urgence
Dans les villages sinistrés, la solidarité s’est organisée spontanément. À Aokas, dans la wilaya de Béjaïa, des jeunes ont formé des chaînes pour transporter de l’eau. À El Aouana, des familles ont ouvert leurs portes aux déplacés. Le gouvernement parle d’indemnisation et de reconstruction. Mais sur place, les habitants réclament des réponses concrètes : des moyens de lutte modernes, des accès sécurisés, des coupures de végétation.
Ils ne demandent pas l’impossible. Ils demandent que la prévention ne soit pas seulement un slogan. La gestion des incendies ne peut pas se résumer à une course contre la montre une fois le feu déclaré. la protection de l'environnement doit devenir une priorité permanente, pensée avant la saison chaude, révisée après chaque crise.
Ce drame aura-t-il un effet déclencheur ? Pour les habitants, il ne s’agit pas d’une simple question administrative. Leur quotidien est en jeu.
Entre colère et résignation, un avenir incertain
À Nador, les habitants regardent les montagnes noires avec un mélange de tristesse et de colère. Certains parlent de partir, de ne plus jamais reconstruire. D’autres préparent déjà leur défense, inventant leurs propres moyens d’alerte. Les autorités promettent une réflexion nationale sur les feux de forêt. Les victimes, elles, attendent des actes. Les prochains mois diront si cette promesse aboutit.
L’histoire algérienne, marquée par d’autres catastrophes, montre que les leçons finissent souvent par arriver. La prévention est une question de volonté politique et de moyens. Elle demeure la seule arme efficace face à la violence de la nature.

Rédactrice en chef de Kabylie Actualité depuis sa création. Journaliste passionnée par le Maghreb et la diaspora, installée à Tizi Ouzou après quinze ans dans la presse francophone.